Guillaume Le Grignou, gemmologue de formation et fondateur d’une boutique-atelier à Aix-en Provence.Guillaume Le Grignou, gemmologue de formation et fondateur d’une boutique-atelier à Aix-en Provence.

Si une pierre de synthèse est aussi belle que la pierre naturelle, mais à un prix très différent, comment le bijoutier-joailler va-t-il se positionner ? Peut-il présenter les deux dans sa boutique sans risquer l’incompréhension des clients ?
Problème très complexe que nous avons soumis à Guillaume Le Grignou, gemmologue de formation et fondateur d’une boutique-atelier à Aix-en Provence.

L’OFFICIEL HORLOGERIE & BIJOUTERIE : Vous êtes Diplômé du HRD d’Anvers, qui certifie les diamants, et donc un spécialiste de cette pierre précieuse. Est-il vrai que le diamant de synthèse est aussi beau que le diamant naturel ?

GUILLAUME LE GRIGNOU : Absolument. A tel point que le spécialiste lui-même peut difficilement distinguer la synthèse du naturel à l’aide de sa seule loupe ! Cela paraît incroyable mais c’est réel. Précisons également que le diamant de synthèse n’est pas une imitation, mais une reproduction de la pierre naturelle à l’identique. C’est de la chimie pure, l’homme reproduit ce qui se passe au cœur de la croûte terrestre.

L’OHB : S’il est aussi beau que le naturel, pourquoi est-il si peu cher ?

G. LE GRIGNOU : C’est le cas pour tous les produits qui sont industrialisés, l’augmentation du volume de production fait baisser le prix d’achat.
Pour l’instant, je n’ai pas encore eu de vraie demande sur le diamant de synthèse, l’offre est encore réduite mais les prix sont attractifs. Si demain, l’offre devenait plus importante avec des produits standardisés et des prix de 2 à 3 fois moins cher que le diamant miné, que se passera-t-il ? Situation difficile à imaginer tant la symbolique du diamant naturel est, pour l’instant, toujours associée à la beauté et rareté.

L’OHB : Au niveau d’une boutique, comment verriez-vous la coexistence des deux types de diamants ?

G. LE GRIGNOU : Cela me paraît compliqué de faire les deux. Imaginez la réaction d’un client devant une vitrine avec deux bagues identiques mais avec deux prix très différents ! Dans ce cas, il faudrait d’ailleurs pouvoir garantir l’authenticité des pierres naturelles et éviter les fraudes. Les laboratoires de gradation type GIA et HRD font déjà des certificats pour les  pierres de synthèse.
Je verrais plutôt deux marchés différents. L’un réservant le diamant synthétique pour la joaillerie fantaisie haut de gamme, l’autre pour les clients traditionnels qui voudront toujours du diamant naturel. Cette situation aurait aussi l’avantage de préserver la symbolique du diamant miné, un cadeau rare de la nature, qui en justifie son prix élevé.

L’OHB : Un joaillier de la Place Vendôme vient de se positionner clairement sur le diamant synthétique ? Serait-ce le signal de départ d’un futur marché ?

G. LE GRIGNOU : Il sera intéressant de suivre la réaction du public à cette campagne de publicité et voir si la demande augmente. Jusqu’à présent, la demande était faible parce qu’il n’y a pas eu beaucoup de communication dans ce sens et que le stock de diamants de synthèse est faible par rapport à celui des diamants minés.
Toutefois le marché devient schizophrène car la plus grosse compagnie minière productrice et donc fournisseur de diamants naturels est en train d’investir des millions de dollars dans des usines de production de diamants de synthèse. Même elle, ne doit pas rater le coche.

L’OHB : Est-ce que la fabrication de diamant synthétique est plus écologique que l’extraction du diamant naturel dans les mines ? Ce pourrait être un facteur de choix.

G. LE GRIGNOU : La fabrication de diamants synthétiques est très énergivore, elle requiert des fours spéciaux capables de monter à 1 400 °C pendant 6 à 8 semaines à 55 000 atm de pression. C’est une dépense énergétique énorme et pas écologique du tout. Ce pourrait même être un frein dans la période actuelle attentive à la préservation de la planète. Mais là aussi il faut être prudent car l’extraction des matières premières dans notre métier est un sujet éthiquement et écologiquement complexe.

L’OHB : Si le diamant n’est plus rare et que sa beauté peut être reproduite à l’envi, sa symbolique de pierre “précieuse” peut-elle en pâtir sérieusement et faire vaciller le marché ?

G. LE GRIGNOU : C’est la grande question que tout le monde se pose… L’arrivée des synthèses de belle qualité est une aubaine pour les scientifiques et les consommateurs mais l’est-elle pour le joaillier attaché au diamant miné ?
Je pense réellement que le marché va se stabiliser. Si tous les protagonistes jouent le jeu en notifiant bien à leurs clients l’origine industrielle de leurs pierres, les deux marchés peuvent cohabiter et continuer à prospérer.
Il y aura toujours des clients pour le diamant miné, seul symbole d’éternité et d’invincibilité. Il ne faut pas avoir peur de la nouveauté, juste savoir travailler avec.

Source : l’Officiel Horlogerie & Bijouterie